Cybersécurité des minorités sexuelles et de genre

À la lecture des actions de cybercriminalité par la Chine au siège de l’Union africaine, ma pensée s’est automatiquement focalisée sur la notion de « cybersécurité ». Les défenseur.e.s des droits de l’Humanité sont en effet confrontées à différentes formes d’attaques de leurs données numériques. Raison pour laquelle j’ai voulu écrire ces quelques lignes. Elles n’ont pas vocation à fournir une connaissance approfondie de la cybersécurité, mais visent plutôt à créer un appel vers une mobilisation plus conséquente sur les répercussions que cause un manque de cybersécurité dans le quotidien des militant.e.s des minorités sexuelles et de genre (MSG), de leur organisation et des personnes qu’ils ou elles cherchent à protéger.

Les télécommunications sans protection

Avec le développement des télécommunications, s’échangent des photos, des vidéos, des messages vocaux ou audio dans nos différents cercles d’amitiés et de connaissances, mais aussi dans notre réseau professionnel (comme sur ce site). Toutes ces données partagées s’exercent le plus souvent avec un enthousiasme sans réel connaissance sur l’impact que pourrait avoir de tels transferts de données en dehors des cercles prévus. Bien souvent nous perdons de vue que ces relations sociales numérisées sont enregistrées dans des serveurs installés à loin de notre quartier de résidence. Même en ayant l’impression de s’être assuré le bon paramétrage pour nous nous offrir un espace de liberté, nous en arrivons souvent à devoir réparer des fuites de données.

Dernièrement, j’ai accompagné un activiste de l’Afrique de l’ouest à la recherche de l’asile en France car des vidéos de son militantisme se sont échappées des circuits sécurisés de son compte What’s App pour atterrir entre les mains de sa famille et de personnes de son quartier. En Algérie, des activistes se savent épié.e.s par leur gouvernement sur leur compte courriels et dans leur communication par téléphone. Au Congo, des vidéos personnelles sont régulièrement volées pour être diffusées dans la société. Au Mali, durant l’été 2017, plusieurs comptes sur Facebook, Twitter et YouTube ont diffusé à large échelle des photos et vidéos en identifiant des personnes et en appelant à la haine et à leur persécution. Les contenus et comptes circulent toujours malgré des demandes de suppression. Moi même, au sein de la Coalition IGLF, j’ai été à mon insu victime d’enregistrements vocaux de mes conversations téléphoniques par des membres et diffusés par la suite sur WhatsApp.

Le manque d’information sur la cybersécurité

Toutes ces attaques tournent autour d’un problème, la cybersécurité. Celle-ci dépend des modes d’utilisation des télécommunications et de la protection des informations échangées. Il existe de fortes inégalités d’accès aux technologies de l’information entre les populations selon qu’elles vivent dans tel pays ou telle localité, selon leur ressource financière également. L’équipement informatique personnel, les services publics en matière de prévention, le respect des droits et libertés fondamentaux, la couverture satellite et analogique à Internet, la possession de logiciels de protection contre les programmes malveillants, la configuration des comptes de réseaux sociaux, la compréhension des répercutions éventuelles lors l’envoi d’un document sur des plateformes sont autant de facteurs qui entrent en jeu dans la sécurité des MSG, de leur défenseur.e.s et de leur organisation.

Par ailleurs, la faible structuration des associations MSG, leur existence souterraine parfois, les barrières rencontrées dans l’accès aux connaissances freinent l’organisation d’une concertation transnationale sur les bonnes pratiques à adopter et les recommandations à fournir en matière de cybersécurité. Les ONG de droits de l’Humanité gèrent pourtant quotidiennement des données sur la vie privée de personnes. Même les grandes organisations ne sont pas les plus protégées. Une attaque, une fuite, surtout dans des pays où les droits et libertés fondamentaux sont violés ou non respectés, influence grandement sur la sécurité voire la vie des personnes.

La requête d’un état des lieux et d’un guide

Il n’existe pas d’état des lieux sur les répercutions d’une cybersécurité insuffisante dans les milieux militants MSG et dans la vie privée quotidienne des MSG lambdas. Il n’existe pas non plus de guide à l’usage des défenseur.e.s des droits et politiques publiques MSG afin d’adopter des habitudes cybersécuritaires. A titre personnel, je connais le logiciel Martus. Construit par une compagnie américaine avec l’aides d’universitaires, il offre une sécurité d’enregistrer en toute sécurité des cas d’infraction aux droits de l’Humanité. Il manque cependant le financement de formation pour l’installation et la maîtrise de l’outil et pour obtenir rapidement des traductions lors des mises à jour.

En tant qu’expert sur la Francophonie MSG, je développe aussi une base de données afin de créer à l’avenir un WikiWiki pour un travail collaboratif. Actuellement, y sont répertoriés les travaux de la CNIL. Cependant, les recommandations fournies par cette institutions, même si elles ont l’avantage d’être en langue française, s’écartent de certains problèmes ou certaines réalités vécus par d’autres francophones, notamment sur le continent africain. Avec mes collègues du Congo, Togo, Sénégal, Mauritanie et Mali, le besoin de concentrer et formaliser des connaissances spécifiques en cybersécurité s’est fait ressentir. Cependant, sans fonds, sans soutien, difficile de s’avancer.

Publié par

Michaël Cousin

Work with a profound interest in freedom issues. As one of my mentors told me: the world will be far more better when people will consider how multiple forms of power push us. For that reason, I am working on human rights.

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