Orientation sexuelle & coopération internationale

« l’idéal devrait être de pouvoir aussi bien aimer une femme qu’un homme, n’importe quel être humain, sans éprouver ni peur, ni contrainte, ni obligation. »

Simone de Beauvoir

Comment deux personnes qui s’aiment, qui prennent du plaisir et qui sont par ailleurs consentantes ont pu déclencher autant de haine allant même jusqu’à leur extermination ? Et comment, après ce paroxysme de l’homophobie pendant la Seconde Guerre mondiale, sa permanence n’a t’elle pas suscité l’intérêt de la communauté internationale avant ces quelques dernières années ? Ces deux questions méritent à elles seules la lecture de toute une littérature et l’étude de tout un combat qui se sont vus bien souvent confrontés à un conservatisme insensible. Ce conservatisme aura également profité des années SIDA (Syndrome de l’Immuno-Déficience Acquise) pour renforcer la stigmatisation des homosexuels. Le SIDA a été, pour certains chrétiens, le signe de la colère de Dieu se déchaînant sur les pratiques sexuelles infâmes et interdites. Pour d’autres, parce que cela ne concernait que les 4H (Homosexuels, Héroïnomanes, Hémophiles, Haïtiens), marginaux ou pauvres, ils ne voyaient pas l’intérêt de s’en soucier. La France, quant à elle, s’est retrouvée longtemps en conflit entre le principe d’universalité auquel elle tient et le communautarisme. Ce rapport de force entre deux concepts antagonistes a retardé les campagnes de prévention destinées à ces populations spécifiques. Une fois la bataille idéologique terminée, un autre long débat houleux a occupé certains esprits conservateurs. Est-il convenable de mener des campagnes publicitaires pour les préservatifs (la loi l’interdisait à l’époque) ? Puis vint les premières campagnes de prévention… malheureusement on n’ose à peine montrer des homosexuels, voire en parler. Au regard de ces considérations sophistiques de l’État, des associations comme AIDS et Act-Up se sont créées. Elles ont, entre autres, effectué un véritable travail de prévention envers les populations les plus touchées et ont fait preuve d’un activisme fort afin de faire changer les perceptions sur les personnes séropositives. Par ailleurs, la population homosexuelle n’aura pas été la seule à être marquée par ces années SIDA. Les Africains en souffrent encore. Ce type de rapport universalisme/communautarisme que le SIDA a engendré sur les personnes homosexuelles, on le retrouve de nos jours dans les débats internationaux. Il est également l’une des raisons qui expliquent la permanence de l’épidémie de SIDA en Afrique.

L’homosexuel fait partie de ces minorités qui sont jugés responsables des maux de la société comme les Juifs l’étaient dans les sociétés européennes – et le sont parfois encore. Mais chacune a sa responsabilité, les Arabes sont responsables de la délinquance, des trafics de drogues, de la haine. Les Chinois sont responsables du chômage, des délocalisations, de la contrefaçon. Les homosexuels sont, pour leur part, responsables des maladies sexuelles, de la décadence de la société, de la pédérastie, de la perversion, du détournement du rôle social de l’homme et de la femme, etc… Bref, et tous sont responsables du communautarisme. Bien évidemment, le bon bourgeois français, blanc, catholique, marié avec des enfants et un bon travail qui ne côtoie que d’autres bons bourgeois français, blancs, catholiques, mariés avec des enfants et un bon travail, ne forment pas une communauté.

La cruauté de cette homophobie, qu’elle soit consciente ou inconsciente, est même allée jusqu’à n’accorder aucune reconnaissance aux homosexuels morts, torturés ou utilisés comme cobaye dans les camps d’extermination nazis. Elle a également laissé des milliers d’hommes mourir du SIDA dans la solitude. Elle permet encore d’imposer le silence sur tous ces homosexuels qui continuent à être torturés, jugés pour crime, pendus, lapidés, enlevés, humiliés, immolés, battus ou à subir d’autres sévices. Ce silence légitime, en quelques sortes, les acteurs homophobes à continuer. Ils agissent en toute impunité et sans que personne ne dise mot. La Déclaration des droits de l’Homme a été, dès sa naissance, comme déjà bafouée par ce lourd silence. Il n’y a que récemment que l’Organisation des Nations Unies (ONU) a reconnu son mutisme sur ce sujet.

Ces dernières années, la communauté internationale octroie à l’orientation sexuelle une légitimité de plus en plus grande et l’on ne peut que remercier les différentes pressions de la part des instances internationales, Organisations Non Gouvernementales (ONGs), associations, mais aussi des groupes de pression, des experts et chercheurs et encore tant d’autres. Leurs combats auront permis de reconnaître l’homosexualité mais aussi de condamner les actes de ceux qui honnissent les traités internationaux sur les droits de l’Homme. Contrairement à l’entrée de la « femme dans le développement » ou plutôt du « genre dans le développement », l’intégration de l’identité de genre et de l’orientation sexuelle a mis beaucoup plus de temps à se voir accorder une place dans les politiques de développement. Il faut souligner ici la différence entre le genre et l’identité de genre. Cette distinction est essentielle puisqu’elle marquera l’évolution de la coopération intégrant les problématiques liées aux sexes et aux sexualités. Le genre, de par son histoire, est plutôt vu dans la population comme les moyens d’action qui favorisent l’égalité entre les hommes et les femmes. Depuis les années 70, le « genre dans le développement » a permis de changer les mentalités sur le statut de la femme. Mais le genre est un des pendants internes aux théories de l’identité de genre. Cette identité, pour autant qu’elle soit réellement une identité (certains sociologues pensent que le genre n’est pas statique mais il évolue selon l’histoire individuelle de chacun), marque la construction sociale du sexe. Autrement dit, elle serait l’attitude sexuée d’une personne. Cette attitude sexuée peut être en alignement avec le sexe biologique de la personne et l’on parle alors de cisgenre, ou alors elle est plutôt opposée au sexe biologique et l’on parle alors de transgenre. Il y a entre ces deux extrêmes des gradients de comportement genré. La prise en compte du genre dans la coopération n’est donc qu’en réalité l’application stricte d’une égalité entre les femmes cisgenrées et les hommes cisgenrés. L’identité de genre intervient également dans les sexes, du fait notamment d’une recherche, non obligatoire, de la mise en adéquation de son sexe avec son genre. D’où l’implication des notions de travestisme, transsexualisme et intersexualisme. Mais ces trois derniers ne seront pas traités dans ce mémoire. Ils méritent à mon sens un travail singulier.

Ainsi, les instances internationales commencent seulement à sortir de leur mutisme face aux problèmes que rencontrent les homosexuels dans le monde. Mais alors, pourquoi l’orientation sexuelle aura mis si longtemps à trouver sa place dans les débats au sein des Nations Unies ? Par ailleurs, face à cette prise de conscience, est-ce que la coopération internationale peut apporter des changements concrets qui amélioreraient la vie des homosexuels ?

Ces questions ne sont pas simples à résoudre. Elles méritent, dans un premier chapitre, l’étude du contexte international sur la prise en compte de l’orientation sexuelle. Cette prise en compte a entraîné des débats qui ont posé la question de l’universalisme de l’orientation sexuelle. Et il sera donc intéressant de traiter le fond de cette question afin de comprendre si l’homosexualité, et de façon induite la bisexualité, sont universelles. Il faut également étudier la protection de l’homosexualité à travers la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Si toutefois l’universalité de l’homosexualité est difficile à faire accepter, on verra que l’identification de l’homophobie ne se fait pas non plus sans peine. Parallèlement à ces questions de légitimité, de droit et de terminologie, on parcourra la croissance de l’intervention des questions LGBT (Lesbien, Gay, Bisexuel, Transsexuel) sur la scène diplomatique internationale. Il sera donc question de voir l’instrumentalisation de l’homosexualité dans les débats internationaux mais aussi de la défense de cette variante sexuelle.

Après avoir traité du contexte international de l’orientation sexuelle et de l’importance de la défense des personnes homosexuelles ou bisexuelles dans le monde, le deuxième chapitre traitera de l’apport de la coopération internationale. Il s’agira en effet d’utiliser la coopération internationale comme un outil qui permettrait de faire évoluer les mentalités sur l’orientation sexuelle et de favoriser la qualité de vie des homosexuels et bisexuels. Mais comme pour tous les combats, il est important de susciter l’intérêt chez les acteurs réticents. On commencera alors par expliquer ce que l’orientation sexuelle peut apporter aux coopérants et aux projets de coopération. Cette explication est primordiale puisqu’elle permettra de persuader les acteurs de la coopération.

Enfin, le troisième chapitre développera une première approche sur les actions que la coopération internationale et les acteurs satellites peuvent mettre en place. Ces actions auront pour objectif d’insérer l’orientation sexuelle dans la coopération et de travailler à l’évolution des mentalités sur les questions LGBT ainsi qu’à la qualité de vie des homosexuels ; autrement dit, de lutter contre l’homophobie.

La suite du mémoire par ici : Intégrer l’orientation sexuelle dans la coopération internationale

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4 comments

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