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Introduction à l’Agenda 2030

Depuis 2015, l’ONU a établi un nouvel agenda d’orientation des politiques publiques internationales et qui s’appelle l’Agenda 2030 et résumé dans sa résolution “A/RES/70/1*, « Transformer notre monde”(1). Cet agenda est le fruit d’un travail universel et a été adopté par les 193 États. Il s’agit dans ce billet de relever ses points saillants à travers son histoire, son modèle, ses principaux non-dits(2). Cet article fait suite aux nombreuses questions de militant* reçues après la publication de mon article sur le FPHN. Il ne cherche pas à être exhaustif mais juste à apporter un point d’entrée à l’Agenda 2030.

Les OMD au tournant des années 2000

Le déclin de l’Aide public au développement

Si nous devons parler Agenda 2030 et Objectifs du développement durable, il nous faut d’abord visiter l’histoire de leurs ancêtres, les Objectifs du millénaires pour le développement.

Tout commence avec la chute du mur de Berlin. Après cet heureux événement, la bipolarité mondiale cesse et certains analystes prédisent le triomphe du capitalisme. Plus frontalement, le communisme n’est plus à combattre et les États du Nord ne se sentent plus concernés par les économies des pays du Sud, sauf quand il faut en tirer des avantages. A titre d’exemple, l’APD des États-Unis chute de moitié, passant de 16,2 à 8,4 milliards de dollars entre 1990 et 1997(3). On y discute même de l’efficacité de l’aide car les ajustements structurels et la lutte contre la pauvreté, credo des institutions de Bretton Woods depuis les années 80, n’apportent pas les effets escomptés.

Le lancement silencieux des OMD

Dans les années 90, l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE) réfléchit toutefois à l’utilité de l’aide publique. L’Agence de développement américaine, l’USAID, cherche à promouvoir l’idée d’atteindre des objectifs et l’Organisation des Nations unies mènent des recherches pour lancer un agenda du développement d’ici le nouveau millénaire(4).

Arrive le tournant des années 2000. Le Secrétaire générale des Nations unies annonce la création de 8 Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) : 1) Éliminer l’extrême pauvreté et la faim ; 2) Assurer l’éducation primaire pour tous ; 3) Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes ; 4) Réduire la mortalité infantile et post-infantile ; 5) Améliorer la santé maternelle ; 6) Combattre le VIH/sida, le paludisme et d’autres maladies ; 7) Préserver l’environnement, et ; 8) Mettre en place un partenariat pour le développement.

Les 8 objectifs millénaires pour le développement adopté en l'an 2000 et qui ont pris fin en 2015. L'image vient du blog de Care France
Source : Care France

Au départ, rien de très médiatique, personne ne s’y intéresse vraiment. En ce sens que ni la société civile, ni les banques de développement utilisent cet outil pour lutter contre la pauvreté.

L’emballement pour les OMD

L’attention apportée aux OMD arrivent les années suivantes et pour plusieurs raisons. Les pays du Nord redécouvrent leur interdépendance avec le reste du monde.

Les attentats du 11 septembre 2001 ou la gestion des crises épidémiques comme le SRAS questionnent. Les gouvernements du occidentaux mesurent la sécurité internationale à travers le creusement des inégalités sociales et économiques(5). A la même époque, Jeff David Sachs, professeur économiste à l’Université Columbia, publie un rapport pour le PNUD intitulé “Human development report. coopération au développement pour le début du XXIe siècle”. Son travail porte notamment sur le soutien que les pays doivent apporter pour réaliser les 8 OMD(6).

Au fur et à mesure qu’approche la fin des années 2000, les organisations de la société civile comme les pays du Sud mobilisent les ODM. Les premiers demandent plus de justice, d’équité et de durabilité tandis que les second y voit en plus un moyen de demander à nouveau de l’APD.

Le soulèvement des critiques à l’encontre des OMD

Malgré l’engouement naissant, des critiques s’élèvent contre cet agenda du millénaire. D’une part, des acteurs soulèvent le trop petit nombre d’objectifs pour circonscrire l’ensemble des enjeux du développement durable. A titre d’exemple, les questions de santé sont réduites au VIH/SIDA, à la maternité et à la mortalité infantile. D’autres part, certains dénoncent une démarche occidentale et technocratique qui impose au Sud la vision du Nord.

Arrivent les années 2010 et il ne reste plus que cinq ans pour atteindre les OMD tout en sachant que l’on sait qu’ils ne seront pas réalisés. L’ONU commence alors à préparer son prochain agenda.

La fabrique de l’Agenda 2030

Une initiative du Sud Global

Contrairement aux OMD, les ODD viennent d’une démarche du Sud. En 2010, pendant le Sommet des OMD, les pays réfléchissent à un nouvel agenda. La Colombie, soutenue par le Guatemala, le Pérou, le Bhoutan et le Mexique proposent la notion d’Objectif durable pour le développement. Ils seront par la suite rejoints, notamment par les pays de l’Union européenne. L’ONU organise également une grande consultation de la société civile et des citoyens en 2012 appelée “My World” (Mon monde).

La même année l’ONU publie le rapport “L’avenir que nous voulons” qui lance définitivement les processus intergouvernementaux dans la définition d’un nouvel agenda post-2015. Son nom est très proche du rapport Brundtland de 1987, “Notre avenir à tous”, et reprend dans son ensemble sa définition du développement durable :

“Le développement durable est un mode de développement qui répond aux besoins des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs.”

Rapport Brundtland, 1987

Toujours en cette même année, le Secrétaire général des Nations unies lance un panel sous la présidence de trois chefs d’État dont le mandat est de proposer après consultation de divers acteurs – société civile, État, experts, agences onusiennes, etc. – une série de nouveaux objectifs. Sort de cette entreprise le rapport du “Panel de haut niveau de personnalités éminentes au programme du développement pour l’après-2015” en 2013(7).

Outre la proposition des ODD, le rapport insiste sur plusieurs autres points. En premier, tous les pays, Nord comme Sud, doivent entrer dans une logique de développement. Nous y reviendrons plus tard. En second, il rappelle la nécessité d’une croissance économique durable, d’une bonne gouvernance, de l’inclusion de tous, etc. Enfin, on voit émerger la fameuse expression du “Leave no one behind” (Ne laisser personne de côté) qui sera repris par les nombreuses minorités absentes des ODD(8).

D’autres rapports viendront compléter la pile pour déboucher sur l’Agenda 2030. Il convient cependant de souligner que les négociations ont vu quelques dissensions, notamment sur l’égalité femmes-hommes, l’éducation, la couverture maladie universelle. A titre anecdotique, les États-Unis et la Chine voulaient retirer l’objectif sur l’inégalité de revenu intérieur(9). Toutefois, l’axe Amérique latine-Union européenne, Brésil-Norvège particulièrement, imposeront aux ODD la vision d’une société égalitaire symbolisée par le doughnut.

L’harmonieux doughnut révolutionnaire

Logo Agenda 2030. Source : ONU

Les ODD émanent d’une idée bien singulière et qui donnera d’ailleurs la forme au logo de l’Agenda 2030. Au lieu de représenter les objectifs dans une suite linéaire comme les OMD, les ODD ont été disposés en cercle. L’objet géométrie provient en fait des réflexions conceptuelles de Kate Raworth sur l’économie du doughnut(10).

La théorie élaborée par cette économiste cherche à échapper à la notion de développement focalisé sur la croissance économique. Plus théoriquement, elle considère que le capitalisme, fondé sur une logique mathématique comptable de dettes ou de crédits à l’infini, fait fi des limites matérielles de la Terre.

« Celui qui croit qu’une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. »

Kenneth Boulding

De ce fait, l’économie du doughnut prend en compte les limites planétaires telles qu’elles ont été élaborées par Johan Rockström et Will Steffen : 1) changement climatique ; 2) érosion de la biodiversité ; 3) perturbation des cycles biochimiques de l’azote et du phosphore ; 4) modifications des usages des sols ; 5) utilisation d’eau douce ; 6) diminution de la couche d’ozone stratosphérique ; 7) acidification des océans ; 8) pollution chimique, et ; 9) concentration des aérosols atmosphériques.

Schéma des limites planétaires telles qu’elles ont été élaborées par Johan Rockström et Will Steffen
Les limites planétaires. Source : Oxfam

A ceci, Kate Raworth ajoute un plancher social représenté par 11 objectifs : 1) nourriture ; 2) eau ; 3) revenu ; 4) éducation ; 5) résilience ; 6) voix politique ; 7) emplois ; 8) énergie ; 9) équité sociale ; 10) égalité des sexes, et ; 11) santé.

L’économie du donut en schéma. Source : Oxfam

L’économiste ajoute enfin au centre ce qu’elle appelle “L’Espace sûr et juste pour l’humanité”, comprendre le doughnut. Selon l’auteure, l’humanité doit dorénavant se développer dans cette zone. La comparaison entre cet espace et le doughnut est assez cocasse tant cette pâtisserie représente symboliquement la malbouffe transgénique et hydrogénée dans une Amérique aux inégalités sociales et économiques importantes.

Les 17 Objectifs du développement durable

Agenda 2030 = 17, 169, 244

Pour arriver à vivre dans ce doughnut, l’ONU a donc établi 17 Objectifs du développement durable à accomplir d’ici 2030.

Les 17 ODD de l’Agenda 2030. Source : ONU

Chacun de ces ODD est décomposé en cibles à atteindre et en indicateurs à mesurer. Au total, les ODD capitalisent 169 cibles et 244 indicateurs. Tous les domaines sont touchés à quelques exceptions près.

Pour les citer rapidement, en premier, l’Agenda 2030 se fonde bien sur le respect de la Déclaration des droits de l’Homme, mais il n’existe pas d’ODD spécifique à ce sujet. Tout au plus, sont-ils dilués dans l’ODD 16, comme la cible 16.10 : “Garantir l’accès public à l’information et protéger les libertés fondamentales, conformément à la législation nationale et aux accords internationaux”(11). Sinon, nous pouvons les deviner dans chaque ODD. L’Institut danois des droits de l’Homme a d’ailleurs publié un guide pour faciliter la lecture.

En second, le système économique, capitaliste, ne fait pas l’objet d’un ODD. Nous avons bien un rappel à la responsabilité sociétale des entreprises et des gouvernements à travers l’ODD 8 notamment, mais l’appropriation privée des moyens de production n’est pas en discussion.

Présentation des ODD par le PNUD

En troisième, il n’existe aucun objectif culturel. Le paradoxe existe même au sein de l’UNESCO. D’un côté, l’organisation se félicite d’obtenir un Agenda 2030 mettant à l’honneur la dilution de la culture dans divers ODD. D’un autre côté, elle regrette que la culture ne soit pas suffisamment reconnue (12).

Bien qu’il fourmille de références à la culture, l’Agenda 2030 ne reconnaît pas correctement son importante contribution à la mise en œuvre des ODD.

UNESCO, avril-juin 2017

Enfin, et c’est l’objet du prochain chapitre, les États doivent établir leur feuille de route. En ce sens, l’Agenda 2030 n’est que l’arrivée. Rien ne dit aux pays comment tracer le chemin au niveau régional, national et local.

Les 193 États en développement

Si les États ont des objectifs, pourquoi l’ONU ne fournit-elle pas un guide de recommandations et de bonnes pratiques à l’établissement d’une feuille de route ? Elle qui adore publier des guidelines. Plus subtilement : Un État a-t-il déjà croqué son doughnut à pleines dents ? Et si oui, quels en sont les recettes et les plaisirs organoleptiques ?

La réponse à ces questions est assez décevante. Tout simplement parce qu’aucun pays aujourd’hui ne se trouve dans l’espace de sûreté et de justice voulu par Kate Raworth. Personne ne sait comment y arriver (surtout quand on fait l’impasse sur les systèmes qui nous gouvernent et notamment le capitalisme).

Comme le montre le schéma ci-dessous, recoupant Indice du développement humain et empreinte écologique, tous les pays vivant en dessous du plancher social sont soutenables écologiquement. À l’inverse, tous ceux qui ont un bon plancher social vivent en dehors des limites planétaires (13).

En dehors du doughnut. Source : UVED

C’est dans ce paradoxe que nous pouvons dire que tous les pays doivent se développer et que les pays du Nord ont beaucoup de retard sur le plan de la soutenabilité. Toutefois s’ils se développent pour accomplir l’Agenda 2030, il conviendrait qu’ils le fassent sans favoriser le statu quo économique et social des pays du Sud et en bénéficier. C’est d’ailleurs l’objet de l’ODD 17.

Soirée de lancement des ODD, septembre 2015

Notes

  1. AGNU, “A/RES/70/1*, Transformer notre monde : le Programme de développement durable à l’horizon 2030”, 2015, lien : http://www.un.org/ga/search/view_doc.asp?symbol=A/RES/70/1&Lang=F
  2. Car nous ne pouvons résumer dans un article de blog cinq ans de travail, trois ans de mises en œuvre, quinze ans d’Objectifs du millénaires et tant d’années post-seconde Guerre mondiale de politiques de développement en un article.
  3. Jean-Michel Severino, Olivier Ray, « La fin de l’aide publique au développement : mort et renaissance d’une politique publique globale », Revue d’économie du développement, 2011/1 (Vol. 19), p. 5-44.
  4. Jean-Michel Severino, “Une introduction historique aux ODD”, MOOC UVED, lien : https://www.uved.fr/fiche/ressource/1649/?L=0
  5. Jean-Michel Severino, “Refonder l’aide au développement au XXIe siècle”, Critique internationale, 2001/1 (no 10), p. 75-99.
  6. Sakiko Fukuda-Parr (dir.), “Human development report. coopération au développement pour le début du XXIe siècle”, Oxford University Press, 2003, lien : http://hdr.undp.org/sites/default/files/reports/264/hdr_2003_en_complete.pdf
  7. ONU, “Éliminer la pauvreté, c’est possible : Objectif du Millénaire pour le développement et l’après-2015. Action 2015”, lien : http://www.un.org/fr/millenniumgoals/beyond2015.shtml
  8. Le rapport est inaccessible, voir le site Internet du panel en anglais et qui définit “Leave no one behind” de cette manière : “Après 2015, nous devrions passer de la réduction à la fin de l’extrême pauvreté, sous toutes ses formes. Nous devons veiller à ce qu’aucune personne – sans distinction d’appartenance ethnique, de sexe, de situation géographique, de handicap, de race ou d’un autre statut – ne soit privée de possibilités économiques fondamentales et des droits de l’Humanité.” (Leave No One Behind. After 2015 we should move from reducing to ending extreme poverty, in all its forms. We should ensure that no person – regardless of ethnicity, gender, geography, disability, race or other status – is denied basic economic opportunities and human rights.), lien : https://www.post2015hlp.org/the-report/
  9. Jean Merckaert, “Le ‘doughnut’, entre plancher social et plafond écologique”, MOCC UVED, lien : https://www.uved.fr/fiche/ressource/1661/?L=0 ; Tancrède Voituriez, “Trois éléments saillants distinguant les ODD dans l’histoire du développement”, MOOC UVED, lien : https://www.uved.fr/fiche/ressource/1662/?L=0
  10. Oxfam, “Documents de discussion d’Oxfam. Un espace sûr et juste pour l’humanité : Le concept du ‘donut’”, 2012, lien : https://www.oxfam.org/sites/www.oxfam.org/files/dp-a-safe-and-just-space-for-humanity-130212-fr.pdf
  11. PNUD, “16 : Paix, justice et institutions efficaces”, lien : http://www.undp.org/content/undp/fr/home/sustainable-development-goals/goal-16-peace-justice-and-strong-institutions.html
  12. UNESCO, « Les objectifs de développement durable pour la culture sur l’agenda 2030 », lien : https://fr.unesco.org/sdgs/clt ; UNESCO, « La culture au cœur des ODD », avril-juin 2017, lien : https://fr.unesco.org/courier/2017-avril-juin/culture-au-coeur-odd
  13. Hubert de Milly, “Universalité géographique des ODD : un agenda pour tous les pays”, MOOC UVED, lien : https://www.uved.fr/fiche/ressource/1649/sequence/7/difficulte/debutant/#sequence ; notons au passage que l’IDH ne prend pas en compte le développement du plaisir, notamment dans sa sexualité, son genre, son sexe.

Publié par

Michaël Cousin

Work with a profound interest in freedom issues. As one of my mentors told me: the world will be far more better when people will consider how multiple forms of power push us. For that reason, I am working on human rights.

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