L’activité de plaidoyer

Cela fait presque un an que je n’ai pas écrit un article sur mon blog. J’ai en effet été fort pris par un travail collectif sur les minorités sexuelles et de genre (MSG). Je bâtis avec une dizaine d’organisations dans le monde une coalition francophone. L’idée est de faire front en commun pour peser sur les décisions internationales et sur les bailleurs de fonds. Le plaidoyer formera l’un des trois services de notre coalition.

J’ai donc décidé de relancer mon blog en parlant des quatre activités du plaidoyer en droits humains. Certainement les plaideurs les plus aguerris n’apprendront rien de mes prochaines lignes. Comme nous sommes en pleine rédaction de nos premiers projets, j’avais envie d’écrire sur les quatre activités classiques d’un plaidoyer. Il existe fort peu d’explication sur ce travail de transformation de la société.

Je vais d’abord dire de quoi je ne parlerai pas dans cet article. De cette façon nous éviterons les déçus. Je n’aborderai pas l’élaboration d’une stratégie de plaidoyer, mais il existe un très bon manuel de l’UNICEF. Je ne toucherai pas non plus au suivi évaluation d’une stratégie de plaidoyer. Voilà pour les points qui seront non élucidés.

Le plaidoyer est un terme qui signifie en latin prendre la défense ou défendre ; souvent quelqu’un ou une cause, peut-être également une cause à travers quelqu’un. Le plaidoyer a souvent pris la forme de manifestations dans la rue ou dans les conférences. Nous classons ce type de plaidoyer comme de la réaction ou de la dénonciation. Il s’oppose au plaidoyer planifié.

Le plaidoyer planifié est structuré autour de quatre activités : l’expertise, le réseau, la sensibilisation et la mobilisation. Mais nous verrons que la réaction ou la dénonciation peuvent s’intégrer au plaidoyer planifié, notamment lors des mobilisations.

Le plaidoyer planifié ne vise pas seulement la ré-action (réponse à une action antérieure). Il ne désire pas réorienter une action. Il cherche plutôt à impulser chez des cibles une action donnée. Toute la stratégie consistera par conséquent à sensibiliser des cibles de telle manière à ce que celles-ci prenne l’orientation que le plaideur aura souhaité.

Dans cet article nous verrons donc ces quatre activités, sachant qu’elles sont toutes très liées. En premier nous verrons donc l’importance de l’expertise. En second, le montage d’un réseau. En avant dernier point, les moyens de sensibilisation. Enfin, nous terminerons sur le travail de mobilisation.

Expertise, réseau, sensibilisation, mobilisation

Les quatre piliers sont indispensables pour la réalisation d’un plaidoyer planifié. La mobilisation est incertaine si un travail de sensibilisation n’aura pas été effectué au préalable. De même quelle personne sensibiliser quand on connaît mal nos cibles. Quelles informations fournir si l’on n’a aucun argument qui les intéresse.

L’expertise pour réaliser son plaidoyer

L’expertise est un moment important pour le plaideur. Elle consiste à maîtriser un sujet par la collecte d’informations. L’objectif est de repérer un dysfonctionnement. La stratégie du plaideur se construira autour de ce dysfonctionnement.

La collecte se fait soit par la constitution d’une documentation (articles de presse, revues, ouvrages théoriques, thèses, rapports, etc.) soit par l’enquête de terrain (entretien semi-directif, enregistrement de témoignages). A la manière d’un chercheur, le plaideur rassemble des preuves pour résoudre un problème.

Les informations collectées doivent être objectives, vérifiées et organisées. La construction d’une base de données est un élément essentiel à l’efficacité du travail de plaidoyer. Il s’agit de pouvoir retrouver une information facilement dans une base qui s’accroit d’année en année.

Enfin, le plaideurs peut réaliser des projets de support de communication comme des rapports d’état des lieux, de documentaires, de films-documentaires, de reportages, etc. Ces supports serviront à la troisième activité : la sensibilisation.

L’expertise repose donc sur la collecte, l’organisation d’informations et la publication de support de communication qui servent à appuyer ou à élaborer les messages politiques du plaideur.

La construction d’un réseau de plaidoyer

Le réseau est le carnet d’adresse du plaideur. Il est un moyen de savoir à qui s’adresser pour passer ses messages. Les contacts doivent par conséquent être sélectionnés.

Dans une stratégie de plaidoyer, on ne diffusera pas les mêmes messages selon les cibles. On peut dissocier son réseau en trois catégories :

  1. Les personnes “ralliées à notre cause” ne nécessitent aucun travail de transformation de la pensée. Cependant, un travail de sensibilisation est toujours nécessaire. Sans ce travail, la cible pourrait penser que le problème est résolu. Une cible est souvent entourée de personnes qui la soutienne, celles-ci donc aussi à sensibiliser.
  2. Les personnes “à rallier” sont quant à elle soit neutre, soit en questionnement. Cela veut dire aussi que leurs supports (les populations qui les suivent) peuvent être également abordés et sensibilisés.
  3. Quant aux “opposants”, le travail de plaidoyer doit être aborder avec une visée à long terme.

Dans certains pays les défenseur.e.s des droits sont en danger si elles ou ils deviennent visibles, bruyant.e.s ou dérangeant.e.s. Construire son réseau devient délicat. Toutefois, il est possible de passer par d’autres biais comme les réseaux d’action internationale des collectivités locales, les associations de droits humains, les coopérations entre centres de recherche, les relations confessionnelles, les associations internationales de parlementaires ou encore celles des diplomates, des agents publics ou privés, les journalistes.

Le travail de sensibilisation

En possession d’une expertise et d’un réseau, le plaideur à tous les outils nécessaires pour sensibiliser. Cette troisième activité passe par le ciblage des contacts.

Par rapport au problème relevé, le plaideur doit déterminer à qui adresser son message. Il doit évaluer s’il peut envoyer directement à sa cible ou plutôt à des soutiens ? D’autres part, il existe différents formats pour passer un message : la note de position, le communiqué de presse, l’envoi d’un rapport de situation, etc.

Le plaidoyer peut-être aussi plus fin par le réalisation de tables rondes ou d’ateliers. De cette manière, il impose un sujet pour réfléchir ou agir autrement. Ce type d’événement est parfait pour transmettre des messages à des entrepreneurs politiques ou des législateurs.

C’est au plaideur, en concertation avec son association, d’évaluer si l’enjeu est gagnable. L’objectif est de faire avancer sa cause sans mettre en danger son association ou soi.

La mobilisation dans le plaidoyer

La mobilisation est la forme la plus connue du plaidoyer, souvent la plus imitée car la plus visible. Il s’agit de créer de l’événement par l’organisation de manifestations dans les espaces publics ou privés (forum de l’IAS, FPHN, UN Habitat, Cop 21).

Les campagnes de communication sont aussi fréquemment utilisées pour susciter l’intérêt des masses. Les réseaux sociaux peuvent être sollicités. À titre d’exemple, les internautes sont régulièrement appelés à signer des pétitions, partager des contenus. On leur demande même parfois un engagement créatif tel que des montages photos avec des message militants.

Enfin, la mobilisation ne doit pas rester déconnectée du terrain. Le plaideur doit aussi savoir sensibiliser et mobiliser les membres de son association. Centralisateur d’informations et catalyseur d’actions, le plaideur est un élément central de la vie associative. Le plaideur au fur et mesure des années de travail accumule un capital précieux qu’il faut préserver.

Conclusion

Nous arrivons à notre fin. Le plaidoyer se résume à quatre activités : expertise, réseau, sensibilisation et mobilisation. Ce travail demande du temps et des investissements financiers pour qu’il soit de qualité. Les professionnels de la plaidoirie sont aussi des partenaires pour les pouvoirs publics et organisations privées. Grâce à leur expertise, ils permettent de prendre les meilleures décisions.

 

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